1725 à 1732 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (VII)

VII. Sabotages dans le Brabant wallon

1722 Carte détaillée localisation du QG de l'Armée Secrète (1).jpg 

Localisation du QG de l'Etat-major de l'Armée Secrète (légende)

1. Maquis House (propriété Coenraets)
2. La Renaudière (actuellement Ker Minou)
3. Ferme du Pré Maillard
4. Château Joostens
5. Groupe G (Maison Gregoire)


Josette Pire, épouse de Pierre Van Haute et fille du général Pire, poursuit son récit (1) : 

« Chaque Zone était reliée au P.C. par des relais qu'assuraient des hommes et des femmes, des jeunes gens et des jeunes filles à vélo. Pour ne pas conduire directement les derniers relais au P.C., on avait recours à un intermédiaire qui était les Coenraets. Les têtes de lignes - (derniers relais) - attendaient chez les Coenraets qu'un membre de l'E.M. vienne les y rejoindre et - s'entende avec eux. Lorsqu'il n'y avait qu'un message à remettre, bien souvent un des enfants s'en chargeait et le portait directement en lieu sûr.

Faut-il attirer l'attention sur le danger que représentait le seul fait d'être trouvé porteur d'un petit papier chiffré ? Faut-il dire combien il fallait de courage au père de ces enfants pour non seulement accepter de travailler lui-même, mais aussi d'engager ses enfants dans l'affaire ?»

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« Des motos immatriculées circulaient dans les parages sans arrêt; ce n'étaient que conciliabules et entretiens clandestins entre des ‘Jules’, des ‘Pierrot’, des ‘André’, des ‘Albert’ ... Nous étions tous plus ou moins pourvus de fausses cartes d'identité. Dans les fontes des vélos posés contre les murs, il y avait des détonateurs, des postes émetteurs, du plastic, et bien qu'on prît les plus grandes précautions, on ne pouvait éviter le fait que quelques objets dangereux ne séjournent dans la maison. Inutile de dire que nous n'étions pas très tranquilles », écrit Josette Pire, épouse de Pierre van Haute et fille du général Pire, en poursuivant son récit (1).

« Il n’y avait pas d’angoisse persistante », raconte Michel Coenraets, « mais nous faisions tout de même très attention. On savait que les Allemands n’étaient pas des comiques. Quand on portait des messages, on emportait aussi des œufs, des légumes. Ma soeur a été une fois arrêtée, quand elle portait un message, mais les Allemands ont vu ses œufs, et elle est passée comme ça » (2).

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Général Pire à la Ferme du Pré Maillard à Rosières

Sous le commandement du général Jules Pire, plus de cinquante mille résistants de l’A.S. entrent en action durant trois mois pour aider les armées alliées à libérer le plus rapidement possible la Belgique (3).

Dans le Brabant wallon, retentissent des explosions de sabotages de voies, de matériel roulant, de dépôts, de lignes téléphoniques.

Chez nous, les journaux de la mi-juin 1944 nous apprennent : « Importants passages d'avions et bombardements. Une femme est tuée à Bourgeois par un morceau de shrapnell de la DTCA à 'Leur Abri'. Il s'agit effectivement d'un obus de l'artillerie antiaérienne allemande qui, ayant raté sa cible, retomba dans le parterre situé entre la façade de 'Leur Abri' et la rue du Baillois et qui, par un éclat, tua dans le couloir une jeune fille qui, pour quelques heures à peine, se trouvait dans la maison. Et la presse de préciser : « ... depuis quelques jours les téléphones sont supprimés » et qu' « il y a beaucoup de réfugiés à Genval », mais n'en donne pas l'origine (4) »

1726. Serres rue de Tombeek à Rosières © Pascal Van Goethem 3.jpg

Serres, rue de Tombeek 

Josette Pire, épouse de Pierre van Haute et fille du général Pire, poursuit son récit (1) :

« Nous eûmes quelques alertes pour nous rappeler à la prudence élémentaire, lorsque nous étions tentés de l'oublier. Il y eut l'histoire de l'officier allemand qui venait de temps en temps chasser dans la propriété. Nous n'étions prévenus de son arrivée qu'en voyant s'avancer l'auto sur le chemin, et alors il était trop tard pour se sauver. Mon frère un jour pris de panique s'engagea, courbé en deux entre deux serres et au bout du chemin, tomba nez à nez avec l'ordonnance de l'officier qui se demandait à quel exercice il se livrait. Heureusement qu'il n'était pas méfiant et que tout se passa bien ».

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« Un jour arriva un camion avec une trentaine de vélos Bury tout neufs pour distribution à toutes nos ‘têtes de lignes’ : Pierre, Etienne, Jean, Guy …. liaisons zone un, zone deux, trois …. Des vélos neufs avec garde-boue en aluminium tout brillant, c'était vraiment pour se faire remarquer ! Papa me chargea de les vieillir un peu et me voilà avec pinceau, vieille couleur, un peu de sable en plus … Peu à peu, je fus considéré comme le responsable ‘vélos’ : réparer une crevaison, changer une pédale, cacher au mieux des messages dans la pompe ou des cartouches dans le cadre en enlevant la selle ou le guidon … En visite chez nous un jour, le Général Pire me vit passer sur un vélo que j'avais bricolé pour rouler avec une seule pédale. Il dit à Papa : «  Celui-là il sera ingénieur ! ».... C'est sur cette impulsion que j'ai voulu avec opiniâtreté être ingénieur », raconte Michel Coenraets.

1729. L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem13.jpg

« Chez Coen »

L'heure des repas étaient empreinte de la plus haute fantaisie et les menus étaient comme toute notre aventure ... extraordinaires. Les tomates et les haricots verts des serres y figuraient en première place et nous en avions même au goûter en guise de confiture, et cela nous plaisait énormément. Nous nous passions les assiettes et les couverts, car cette maison de campagne n'avait pas été prévue pour faire de la résistance ! » (1)

1713. Postes de radio L'été '44 des Coenraets © Michel Coenraets.jpg

... « Aussi, je ne fus pas étonné de voir un jour arriver une camionnette chargée de 'boites de biscuits' et ai proposé à mon père de l'aider à cacher tout cela dans le grenier de notre garage. Après le dîner, ma curiosité me poussa à aller voir de plus près ces fameux biscuits dont nous étions privés depuis si longtemps ! Je file au garage et fonce à nouveau dans le petit grenier, ouvre la première boîte et découvre ... un petit ensemble radio émetteur-récepteur avec écouteurs …. et pas un biscuit ! J'ai compris d'un coup que la mission dont s'était chargée mes parents dépassait la simple reconnaissance des chemins et refuges », raconte Michel Coenraets.

rosières,armée secrète

« Parmi nos ‘visiteurs' se trouvait parfois l’une ou l’autre personnalité importante autorisée à aller à l’Etat-Major : Bob Verstreppen, Pierre Stasse, Pierre d'Ieteren (alias Jules Piette) », se souvient Michel Coenraets. « Ce dernier venait en grosse Studebaker équipée d’un gazogène. Comme les grands enfants étaient fort pris par les liaisons et autres courses, Papa me chargea de montrer le chemin de chez Joostens à Jules Piette : du sentier de Lapins traversant la Lasne vers le Chemin creux. Je lui demandai l'heure de son retour pour rallumer son gazogène afin qu'il puisse repartir avec sa Stud sans perte de temps. Dès son retour de l'EM, j'aidai Mr. Piette à cacher ses papiers dans le bac à cendres du gazogène, il descendit un sac à bois de sa galerie de toit pour y cacher un ‘paquet’ et en route pour Bruxelles ! »

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(1) PIRE Josette, Grand Quartier Général de l’Armée Secrète, Été 1944, La famille Coenraets, Bruxelles 1949
(2) Petite main de l’Armée secrète, à 12 ans, durant la guerre 40-45, in La Libre Belgique, 21 avril 2012
(3) LOODT P. Dr, Le général Pire, commandant de l’Armée Secrète, Maison du Souvenir
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4) GHYSSENS Roger, 50ème Anniversaire de la Libération, Cercle d’Histoire de Rixensart, 1994

Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Pascal Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017

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