COENRAETS Michel

  • 1697 à 1707 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (II)

    PRÉSENTATION DE LA FAMILLE COENRAETS : PAUL COENRAETS2. Paul Coenraets aviculteur © Michel Coenraets 2.jpg

    Paul Coenraets, fils de Ferdinand Coenraets et d’Hélène Moerman, naquit le 27 juillet 1896 à Rixensart.

    Depuis l’enfance, il peignit et joua du violoncelle. En 1913 et 1914, il fit partie de la Garde Civique à Cheval, dont la mission était de veiller au maintien de l'ordre, à l'observation des lois, ainsi qu’à la conservation de l'indépendance et à l'intégrité du territoire.

    Puis, arriva la guerre. Il partit pour la Hollande, pays neutre à l’époque. Il s’engagea comme « volontaire de guerre » et fut affecté au 4ème Chasseurs à Cheval. Sur le Front de l’Yser, il commanda une batterie dans l'Artillerie de campagne. Ayant survécu aux gaz et à la guerre, il fut très pressé d'obtenir un diplôme universitaire : 'licencié en sciences financières'. Il travailla pendant un an dans une banque sise sur la Grand-Place de Bruxelles, puis annonça à sa jeune épouse Marthe de Coninck vouloir se lancer dans l’élevage de poules à la campagne.

    Paul épousa à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) le 16 décembre 1921, Marthe de Coninck, fille de Louis de Coninck, née à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) le 8 juillet 1899.

    Paul Coenraets aviculteur © Michel Coenraets 4.jpg

    Paul Coenraets et Marthe de Coninck s’installèrent à Rosières et, sur un champ de pommes de terre de 5 ha, construisirent un élevage de qualité de poules de races, le « Pavillon de Rosières » : 2.000 poules, poulettes, poussins, oeufs à couver, vendus avec certificat et garantie de fécondité. A cette époque, Paul Coenraets fut donc « aviculteur ».

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    1925 | Couverture du catalogue, édité en 1925 (12 pages) 
    Élevage avicole du Pavillon de Rosières 
    Propriétaire : P. Coenraets, membre de la Scientific Poultry Breeders Association

    1700. Le pavillon de Rosières 1925 © Michel Coenraets 5.jpg

    1925 - Poussinière pour 2000 poussins équipée d'éleveuses au charbon.

    Dans son catalogue, le Pavillon de Rosières fait sa publicité : "Les coquelets améliorateurs que nous vous offrons étant uniquement issus de nos meilleurs reproducteurs sont tout désignés pour élever la moyenne de ponte des troupeaux médiocres. Nous livrons également des coquelets de nos bons parquets, et tout aussi bien choisis que les précédents".

    Et à la rubrique POUSSINS D'UN JOUR, on peut lire : "Nous les expédions par express avec garantie d'arrivée en vie. Tout poussin mort en route est remplacé ou remboursé. Nous attirons l'attentions de nos clients qu'il y a à nous commander des poussins plutôt que des oeufs".

    Un client, P. Hemeleers, avocat à la Cour d'Appel, habitant 16 rue Souveraine à Bruxelles écrivit le 16 novembre 1924 à Paul Coenraets : "Cher Monsieur, ... Les poulettes pondent admirablement, 3 oeufs en moyenne par jour pour les quatre. Je regrette que vous n'ayez pu me livrer le nombre de poulettes que je vous commandais. Si tous les élevages à grande réclame, qui vendent trois fois plus de bêtes et d'oeufs qu'ils n'en produisent, faisaient comme vous, il y aurait moins de déconvenues en aviculture".

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    Pour l’arrivée de leur quatrième enfant, ils firent agrandir leur maison, rue de Tombeek à Rosières (en face de l’actuelle entrée du Beauséant).

    1702. Paul Coenraets viticulteur © Michel Coenraets 1.jpg

    Paul Coenraets se diversifia et se lança dans la construction d'une première « serre à vigne », avec chauffage pour avancer le temps des récoltes. Et puis une seconde, et puis une troisième. 

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    Michel Coenraets raconte : « Je me souviens qu’après l’école, j’aidais mon Papa à fermer les 16 fenêtres de chacune des 24 serres (numérotées de 1 à 20 pour les serres à vignes, avec souvent des légumes aux pieds et en plus 4 grandes serres à tomates et à melons) ». Paul Coenraets devint 'viticulteur'.

    1704. Paul Coenraets aviculteur © Michel Coenraets 3.jpg

    « Nous avions toujours des poules, chèvres, vaches pour le ménage mais bientôt aussi une grande troupe de moutons de race », poursuit Michel Coenraets.

    La rue de Tombeek dessine un virage en s marquant la sortie du village de Rosières vers Tombeek.

    1705. Serres rue de Tombeek à Rosières © Pascal Van Goethem 2.jpg

    « Durant la pénurie de la première année de la Seconde Guerre mondiale, le grand verger fut transformé en potager et en champ de blé, ce qui permit de nourrir toute la grande famille, mais également des dizaines de gens du village.

    Durant toute la durée de la guerre, nous avions des chasseurs, des militaires allemands, qui se baladèrent chez nous et dans les bois voisins. Ils terminaient régulièrement leur périple par un tour à la maison, demandant à se réchauffer ou à acquérir des raisins. Leurs voitures se garaient sur le chemin d'accès à la maison. Ce sont ces voitures allemandes, garées devant notre porte, qui nous ont permis d'être à l'aise pour recevoir l'Armée Secrète au printemps 1944 ! » (Michel Coenraets)

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    Collines à Rosières pinxit Paul Coenraets

    Après la guerre, Paul Coenraets se remit à peindre. Il vendit toute l'exploitation, il réalisa un de ses rêves, construire une belle grande maison sur le haut de la propriété. Après plusieurs expositions et de beaux succès, il devint 'artiste-peintre'.

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    Paul Coenraets décéda à Rixensart le 30 juin 1964, et son épouse Marthe de Coninck décéda à Pepinster en 1984.

    Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Pascal Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017
  • 1709 à 1713 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (IV)

    L’ARMÉE SECRÈTE SE PRÉPARE

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    L’Armée Secrète est la seule formation strictement militaire de la Résistance. Elle est, en effet, dirigée par des officiers de carrière et de réserve. A l’automne 1943, l’A.S. possède cinq groupements en Brabant wallon. Ces 'refuges' portent des noms de fauves. Le refuge Panthère, par exemple, est organisé au coeur du triangle Nivelles-Genappes-Villers-la-Ville (…). Le Lynx dispose dans la région wavrienne de quatre compagnies totalisant près de 1500 hommes (…). Toutes ces équipes sont, en fait, spécialisées dans les parachutages. Les missions sont cependant périlleuses. Les rafles et autres arrestations sont nombreuses. Le sang de résistants coule à Genval, à Waterloo, à Ittre, à Nivelles. Mais les actions ne cessent de se succéder (1).

    Missions assignées à l’A.S. par le commandement allié :


    - Au jour J moins 10 disloquer le trafic ferroviaire et routier. Cette tâche est essentielle, car la Belgique est la plaque tournante des voies de communications entre l'Allemagne et la France.
    - Harceler clandestinement les troupes allemandes.
    - Engager la lutte ouverte, étant entendu que les combats ne doivent être engagés que si les circonstances tactiques laissent aux unités engagées de larges possibilités de survie.
    - Assister les troupes alliées dans leur progression
    Empêcher les destructions destinées à couvrir la retraite des Allemands.

    1710. Général Pire c Pascal Van Goethem 1.jpg

    Le 27 février 1944, Londres confie au général Jules Pire le commandement de l’Armée Secrète. A près de 66 ans, il a pour mission de coordonner l’action de tous les mouvements de résistance armée.


    Le Dr. P. Loodts (2) écrit : « Sa modestie est sans doute à l'origine du fait que bien peu de Belges connaissent encore son nom. Il fut cependant un homme remarquable »,. Il combattit quatre années sur le Front de l’Yser et conduisit le 23ème Régiment de Ligne pendant l'offensive finale de septembre 1918. Pensionné à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, « il reprend volontairement du service pour assurer le commandement de la 10ème Division d'infanterie. Durant la campagne des 18 jours, sa division se révèlera une des meilleurs de notre armée ! En 1941, il rejoignit la Résistance ».

    rosières,armée secrèteA Rosières, tout comme d’autres familles patriotes, la famille Coenraets écouta la radio de Londres (3). Michel Coenraets, qui avait 11 ans à l’époque, raconte: « Comme c’était strictement interdit d’écouter « Ici Londres », dès qu’une voiture entrait, - c'était le plus souvent des officiers de la Feldgendarmerie (4) qui venaient chasser, nos parents criaient « Attention, la radio ! ». Et, on essayait en vitesse de changer le réglage vers un poste accepté par les Nazis. Parfois, on retombait à nouveau sur une autre longue d’ondes de la BBC, et puis une autre … la panique !.

    'Ici Londres' nous proposait, jour après jour, de préparer l'arrivée de nos futurs libérateurs en repérant les petits chemins, les caches, les bâtiments abandonnés, pour les guider avec le minimum de danger; de même pour aider les aviateurs abattus à retourner vers leurs bases, éventuellement de les fournir en provisions alimentaires. Nous sentions chez nos parents ce besoin de répondre à cet appel.

    1712. L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem4 (1).jpg

    Michel Coenraets raconte : « Mes parents étaient amis du colonel d’artillerie Hippolyte Joostens qui, avec son épouse Sidonie, étaient installés en face de chez nous, sur les hauteurs de la colline, dans une vaste propriété comprenant château, ferme, garages et surtout de nombreuses écuries abritant leurs magnifiques chevaux de concours hippique. Lorsqu'une des juments a donné le jour à un beau petit étalon, le soir de Pâques 1931, mais avec la cheville cassée, c'était le drame … mais Papa a proposé à Hippolyte d'essayer de le récupérer, de le soigner … et quelques semaines plus tard, ‘Soir de Pâques’ marchait. Après quelques années, il fut acquis par le Major Poswick qui en fit un champion, qui gagna le Concours Hippique de Berlin. Cette anecdote pour donner l'image de la confiance entre les Joostens et mes parents. Veuve, Sidonie avait repris l'élevage et le gérait d'une main de fer ! Elle gardait aussi tous les contacts avec les hauts cadres de l'Armée et … les fondateurs ou responsables de l'Armée Secrète ».

    1713. Rue de Tombeek QG Armée Secrète 1944 © Michel Coenraets.jpg

    « Et lorsqu’il fallut organiser et structurer l'A.S. et installer son Grand Quartier Général, c'est tout normalement que Papa accepta de participer au dispositif. Notre maison natale, la seule de la rue de Tombeek fut désignée comme point de ralliement et centre de liaison entre l'Etat-Major réparti dans les propriétés Joostens d'une part, et de l'autre côté, les Etats-Majors des cinq zones couvrant la Belgique ainsi que les liaisons avec les spécialistes radio pour les communications avec Londres », précise Michel Coenraets.

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    (1) VANDER CRUYSEN Yves, Un siècle d’histoire en Brabant wallon
    (2) LOODTS P., Le général Pire, commandant de l’Armée secrète
    (3) Radio Belgique était une radio clandestine belge qui émettait depuis Londres durant la Seconde Guerre mondiale. Radio Belgique était placée sous l’égide du Gouvernement belge en exil et était rattachée aux services européens de la BBC (source photo Wikipedia/RTBF)
    (4) Cette police militaire allemande fut notamment chargée des missions d'occupation des territoires sous contrôle de la Wehrmacht. Elle poursuivit et exécuta des résistants et des soldats ennemis isolés, contrôla la chasse, la pêche, …

    Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Magguy Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017
  • 1714 à 1719 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (IV)

    LE QG DE L'ARMÉE SECRÈTE S'INSTALLE À ROSIÈRES

    1714. Ferme du Pré Maillard QG Armée Secrète 1944 © Michel Coenraets.jpg 

    1er juin 1944 - « Message pour la petite Berthe : La frondaison des arbres vous cache le vieux Moulin ». Ce message de la BBC donne à l'Armée Secrète (1) l’ordre de mettre en place ses postes de commandement endéans les 48 heures ».

    « Le 3 juin, le Q.G. du général Jules Pire est installé à Champles-Rosières, au lieu-dit Pré Maillard » (2).

     

    1716. Le Pavillon Maquis House rue de Tombeek © Michel Coenraets.jpg

    Chez les Coenraets, rue de Tombeek, le pavillon ‘Chez Coen’ (aussi appelée ‘Maquis House’) sert de boîte aux lettres à l’Armée Secrète. "Les jeunes gens des familles Coenraets et Pire assuraient une liaison discrète et permanente avec le Quartier Général" (3).  

     

    1715. La Renaudière à Rosières II Collection Cercle d'Histoire de Rixensart.jpg

    « Il manquait encore une maison dans les bois pour installer le service du chiffre, chargé du codage et décodage des messages. Maman téléphona à Madame Renaud à Bruxelles, pour lui demander si sa villa de campagne, aussi sur la colline d'en face, ne serait pas libre pour la saison d’été. Elle invoquait que sa cousine Hélène Leclerc avait fort peur des bombardements en ville et souhaitait protéger sa famille en s'installant à la campagne. Et la famille Leclerc avec filles et beau-fils Terry s'installa à La Renaudière (4)(5)(6)», précise Michel Coenraets.

     

    1717. 19440606 Dispositif de l'AS à Rosières c Pascal Van Goethem.jpg

    Photo | Panneau d’information réalisé par Pascal Van Goethem

    (source L’Armée Secrète et l’or du silence)

    Autour de cet ensemble, tout un dispositif a également été prévu pour établir les liaisons avec les commandants des 5 zones du pays.


    - major Leurquin : Zone I, Hainaut et Entre Sambre et Meuse
    - major de réserve Gaston Mesmaekers : Zone II, Anvers et Limbourg
    - major Auguste Haus : Zone III, les deux Flandres
    - colonel BEM Liebrechts arrêté le 17 août 1944, puis le colonel Cuvelier : Zone IV, le centre du pays
    - major Albert Bastin : Zone V, tout l'est de la Meuse
    - la ‘Réserve Mobile’, à la disposition du commandant de l'AS, est dirigée par le colonel L. Deleuze ;
    - l'escadron "Brumagne" préposé à la protection de l'état-major général.

    Toutes ces unités ont chacune leur histoire, leurs lots d'arrestations, leurs exploits, et seront des exécutants disciplinés du commandement.

    1718. L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem22 (1).jpg

    Depuis Rosières, le général Pire et son état-major travaillent donc discrètement à la libération du pays … grâce à la complicité de la famille Coenraets dont les enfants ne cesseront de transmettre les messages.

    « Dans cet état-major l’on retrouve, outre le général Pire, Jean del Marmol (dit ‘l’Ami Jean’), Pierre Stasse, le colonel De Ridder (dit Chevalier), le Chanoine Dessain (aumônier de l’A.S.), Bob (chargé du sabotage) et son fils Bobby, les chifferettes Claire, Betty, Jacqueline et Monsieur et Madame Leclercq et leur fille May Thery et son mari », confie Jean-Pierre Coenraets.

    1719. L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem19 (1).jpg

    La Résistance, appliquant les plans conçus au préalable, intensifie ses actions et met à mal les moyens de communication et les possibilités de déplacement de l’ennemi.

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    (1) VAN HAUTE-PIRE Pierre (Ambassadeur honoraire), Armée Secrète 1940 - 1944 (Le Cheval de Troie),  p. 14, février 2008
    (2) GHYSSENS Roger (Cercle d’Histoire de Rixensart), 50ème anniversaire de la Libération, in Rixensart Info de juin 1994, p. 18
    (3) GHYSSENS Roger, 50ème Anniversaire de la Libération, Cercle d’Histoire de Rixensart, 1994
    (4) sans 'l' suivant le Cercle d'Histoire de Rixensart (voir la légende de la photo)
    (5) Les plans de la villa La Renaudière furent dessinés en 1925 par l’architecte Henry Lacoste pour le Dr Renaud à Rosières-Saint-André. Henry Lacoste (1885-1968) signa quelques-unes des réalisations les plus originales de l’Art Déco belge (RÉTRO RIXENSART, Villa La Renaudière à Rosières, édition Eric de Séjournet, 2010-2016)
    (6) La Renaudière fut rachetée après la guerre par Joseph Moreau de Melen qui y construisit ensuite le Domaine de Beauséant

    Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Pascal Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017