COENRAETS Michel

  • 1697 à 1707 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (II)

    II. Présentation de la famille Coenraets : Paul Coenraets2. Paul Coenraets aviculteur © Michel Coenraets 2.jpg

    Paul Coenraets, fils de Ferdinand Coenraets et d’Hélène Moerman, naquit le 27 juillet 1896 à Rixensart.

    Depuis l’enfance, il peignit et joua du violoncelle. En 1913 et 1914, il fit partie de la Garde Civique à Cheval, dont la mission était de veiller au maintien de l'ordre, à l'observation des lois, ainsi qu’à la conservation de l'indépendance et à l'intégrité du territoire.

    Puis, arriva la guerre. Il partit pour la Hollande, pays neutre à l’époque. Il s’engagea comme « volontaire de guerre » et fut affecté au 4ème Chasseurs à Cheval. Sur le Front de l’Yser, il commanda une batterie dans l'Artillerie de campagne. Ayant survécu aux gaz et à la guerre, il fut très pressé d'obtenir un diplôme universitaire : 'licencié en sciences financières'. Il travailla pendant un an dans une banque sise sur la Grand-Place de Bruxelles, puis annonça à sa jeune épouse Marthe de Coninck vouloir se lancer dans l’élevage de poules à la campagne.

    Paul épousa à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) le 16 décembre 1921, Marthe de Coninck, fille de Louis de Coninck, née à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) le 8 juillet 1899.

    Paul Coenraets aviculteur © Michel Coenraets 4.jpg

    Paul Coenraets et Marthe de Coninck s’installèrent à Rosières et, sur un champ de pommes de terre de 5 ha, construisirent un élevage de qualité de poules de races, le « Pavillon de Rosières » : 2.000 poules, poulettes, poussins, oeufs à couver, vendus avec certificat et garantie de fécondité. A cette époque, Paul Coenraets fut donc « aviculteur ».

    rosieres,armée secrète
    1925 | Couverture du catalogue, édité en 1925 (12 pages) 
    Élevage avicole du Pavillon de Rosières 
    Propriétaire : P. Coenraets, membre de la Scientific Poultry Breeders Association

    1700. Le pavillon de Rosières 1925 © Michel Coenraets 5.jpg

    1925 - Poussinière pour 2000 poussins équipée d'éleveuses au charbon.

    Dans son catalogue, le Pavillon de Rosières fait sa publicité : "Les coquelets améliorateurs que nous vous offrons étant uniquement issus de nos meilleurs reproducteurs sont tout désignés pour élever la moyenne de ponte des troupeaux médiocres. Nous livrons également des coquelets de nos bons parquets, et tout aussi bien choisis que les précédents".

    Et à la rubrique POUSSINS D'UN JOUR, on peut lire : "Nous les expédions par express avec garantie d'arrivée en vie. Tout poussin mort en route est remplacé ou remboursé. Nous attirons l'attentions de nos clients qu'il y a à nous commander des poussins plutôt que des oeufs".

    Un client, P. Hemeleers, avocat à la Cour d'Appel, habitant 16 rue Souveraine à Bruxelles écrivit le 16 novembre 1924 à Paul Coenraets : "Cher Monsieur, ... Les poulettes pondent admirablement, 3 oeufs en moyenne par jour pour les quatre. Je regrette que vous n'ayez pu me livrer le nombre de poulettes que je vous commandais. Si tous les élevages à grande réclame, qui vendent trois fois plus de bêtes et d'oeufs qu'ils n'en produisent, faisaient comme vous, il y aurait moins de déconvenues en aviculture".

    rosières,armée secrète,rue de tombeek

    Pour l’arrivée de leur quatrième enfant, ils firent agrandir leur maison, rue de Tombeek à Rosières (en face de l’actuelle entrée du Beauséant).

    1702. Paul Coenraets viticulteur © Michel Coenraets 1.jpg

    Paul Coenraets se diversifia et se lança dans la construction d'une première « serre à vigne », avec chauffage pour avancer le temps des récoltes. Et puis une seconde, et puis une troisième. 

    1703. Serres rue de Tombeek à Rosières © Pascal Van Goethem 1.jpg

    Michel Coenraets raconte : « Je me souviens qu’après l’école, j’aidais mon Papa à fermer les 16 fenêtres de chacune des 24 serres (numérotées de 1 à 20 pour les serres à vignes, avec souvent des légumes aux pieds et en plus 4 grandes serres à tomates et à melons) ». Paul Coenraets devint 'viticulteur'.

    1704. Paul Coenraets aviculteur © Michel Coenraets 3.jpg

    « Nous avions toujours des poules, chèvres, vaches pour le ménage mais bientôt aussi une grande troupe de moutons de race », poursuit Michel Coenraets.

    La rue de Tombeek dessine un virage en s marquant la sortie du village de Rosières vers Tombeek.

    1705. Serres rue de Tombeek à Rosières © Pascal Van Goethem 2.jpg

    « Durant la pénurie de la première année de la Seconde Guerre mondiale, le grand verger fut transformé en potager et en champ de blé, ce qui permit de nourrir toute la grande famille, mais également des dizaines de gens du village.

    Durant toute la durée de la guerre, nous avions des chasseurs, des militaires allemands, qui se baladèrent chez nous et dans les bois voisins. Ils terminaient régulièrement leur périple par un tour à la maison, demandant à se réchauffer ou à acquérir des raisins. Leurs voitures se garaient sur le chemin d'accès à la maison. Ce sont ces voitures allemandes, garées devant notre porte, qui nous ont permis d'être à l'aise pour recevoir l'Armée Secrète au printemps 1944 ! » (Michel Coenraets)

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    Collines à Rosières pinxit Paul Coenraets

    Après la guerre, Paul Coenraets se remit à peindre. Il vendit toute l'exploitation, il réalisa un de ses rêves, construire une belle grande maison sur le haut de la propriété. Après plusieurs expositions et de beaux succès, il devint 'artiste-peintre'.

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    Paul Coenraets décéda à Rixensart le 30 juin 1964, et son épouse Marthe de Coninck décéda à Pepinster en 1984.

    Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Pascal Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017
  • 1709 à 1713 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (IV)

    IV. L’Armée Secrète se prépare

    rosières,armée secrète

    L’Armée Secrète est la seule formation strictement militaire de la Résistance. Elle est, en effet, dirigée par des officiers de carrière et de réserve. A l’automne 1943, l’A.S. possède cinq groupements en Brabant wallon. Ces 'refuges' portent des noms de fauves. Le refuge Panthère, par exemple, est organisé au coeur du triangle Nivelles-Genappes-Villers-la-Ville (…). Le Lynx dispose dans la région wavrienne de quatre compagnies totalisant près de 1500 hommes (…). Toutes ces équipes sont, en fait, spécialisées dans les parachutages. Les missions sont cependant périlleuses. Les rafles et autres arrestations sont nombreuses. Le sang de résistants coule à Genval, à Waterloo, à Ittre, à Nivelles. Mais les actions ne cessent de se succéder (1).

    Missions assignées à l’A.S. par le commandement allié :


    - Au jour J moins 10 disloquer le trafic ferroviaire et routier. Cette tâche est essentielle, car la Belgique est la plaque tournante des voies de communications entre l'Allemagne et la France.
    - Harceler clandestinement les troupes allemandes.
    - Engager la lutte ouverte, étant entendu que les combats ne doivent être engagés que si les circonstances tactiques laissent aux unités engagées de larges possibilités de survie.
    - Assister les troupes alliées dans leur progression
    Empêcher les destructions destinées à couvrir la retraite des Allemands.

    1710. Général Pire c Pascal Van Goethem 1.jpg

    Le 27 février 1944, Londres confie au général Jules Pire le commandement de l’Armée Secrète. A près de 66 ans, il a pour mission de coordonner l’action de tous les mouvements de résistance armée.


    Le Dr. P. Loodts (2) écrit : « Sa modestie est sans doute à l'origine du fait que bien peu de Belges connaissent encore son nom. Il fut cependant un homme remarquable »,. Il combattit quatre années sur le Front de l’Yser et conduisit le 23ème Régiment de Ligne pendant l'offensive finale de septembre 1918. Pensionné à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, « il reprend volontairement du service pour assurer le commandement de la 10ème Division d'infanterie. Durant la campagne des 18 jours, sa division se révèlera une des meilleurs de notre armée ! En 1941, il rejoignit la Résistance ».

    rosières,armée secrèteA Rosières, tout comme d’autres familles patriotes, la famille Coenraets écouta la radio de Londres (3). Michel Coenraets, qui avait 11 ans à l’époque, raconte: « Comme c’était strictement interdit d’écouter « Ici Londres », dès qu’une voiture entrait, - c'était le plus souvent des officiers de la Feldgendarmerie (4) qui venaient chasser, nos parents criaient « Attention, la radio ! ». Et, on essayait en vitesse de changer le réglage vers un poste accepté par les Nazis. Parfois, on retombait à nouveau sur une autre longue d’ondes de la BBC, et puis une autre … la panique !.

    'Ici Londres' nous proposait, jour après jour, de préparer l'arrivée de nos futurs libérateurs en repérant les petits chemins, les caches, les bâtiments abandonnés, pour les guider avec le minimum de danger; de même pour aider les aviateurs abattus à retourner vers leurs bases, éventuellement de les fournir en provisions alimentaires. Nous sentions chez nos parents ce besoin de répondre à cet appel.

    1712. L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem4 (1).jpg

    Michel Coenraets raconte : « Mes parents étaient amis du colonel d’artillerie Hippolyte Joostens qui, avec son épouse Sidonie, étaient installés en face de chez nous, sur les hauteurs de la colline, dans une vaste propriété comprenant château, ferme, garages et surtout de nombreuses écuries abritant leurs magnifiques chevaux de concours hippique. Lorsqu'une des juments a donné le jour à un beau petit étalon, le soir de Pâques 1931, mais avec la cheville cassée, c'était le drame … mais Papa a proposé à Hippolyte d'essayer de le récupérer, de le soigner … et quelques semaines plus tard, ‘Soir de Pâques’ marchait. Après quelques années, il fut acquis par le Major Poswick qui en fit un champion, qui gagna le Concours Hippique de Berlin. Cette anecdote pour donner l'image de la confiance entre les Joostens et mes parents. Veuve, Sidonie avait repris l'élevage et le gérait d'une main de fer ! Elle gardait aussi tous les contacts avec les hauts cadres de l'Armée et … les fondateurs ou responsables de l'Armée Secrète ».

    1713. Rue de Tombeek QG Armée Secrète 1944 © Michel Coenraets.jpg

    « Et lorsqu’il fallut organiser et structurer l'A.S. et installer son Grand Quartier Général, c'est tout normalement que Papa accepta de participer au dispositif. Notre maison natale, la seule de la rue de Tombeek fut désignée comme point de ralliement et centre de liaison entre l'Etat-Major réparti dans les propriétés Joostens d'une part, et de l'autre côté, les Etats-Majors des cinq zones couvrant la Belgique ainsi que les liaisons avec les spécialistes radio pour les communications avec Londres », précise Michel Coenraets.

    __________
    (1) VANDER CRUYSEN Yves, Un siècle d’histoire en Brabant wallon
    (2) LOODTS P., Le général Pire, commandant de l’Armée secrète
    (3) Radio Belgique était une radio clandestine belge qui émettait depuis Londres durant la Seconde Guerre mondiale. Radio Belgique était placée sous l’égide du Gouvernement belge en exil et était rattachée aux services européens de la BBC (source photo Wikipedia/RTBF)
    (4) Cette police militaire allemande fut notamment chargée des missions d'occupation des territoires sous contrôle de la Wehrmacht. Elle poursuivit et exécuta des résistants et des soldats ennemis isolés, contrôla la chasse, la pêche, …

    Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Pascal Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017
  • 1714 à 1719 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (V)

    V. Le QG de l'Armée Secrète s'installe à Rosières

    1714. Ferme du Pré Maillard QG Armée Secrète 1944 © Michel Coenraets.jpg 

    1er juin 1944 - « Message pour la petite Berthe : La frondaison des arbres vous cache le vieux Moulin ». Ce message de la BBC donne à l'Armée Secrète (1) l’ordre de mettre en place ses postes de commandement endéans les 48 heures ».

    « Le 3 juin, le Q.G. du général Jules Pire est installé à Champles-Rosières, au lieu-dit Pré Maillard » (2).

     

    1716. Le Pavillon Maquis House rue de Tombeek © Michel Coenraets.jpg

    Chez les Coenraets, rue de Tombeek, le pavillon ‘Chez Coen’ (aussi appelée ‘Maquis House’) sert de boîte aux lettres à l’Armée Secrète. "Les jeunes gens des familles Coenraets et Pire assuraient une liaison discrète et permanente avec le Quartier Général" (3).  

     

    1715. La Renaudière à Rosières II Collection Cercle d'Histoire de Rixensart.jpg

    « Il manquait encore une maison dans les bois pour installer le service du chiffre, chargé du codage et décodage des messages. Maman téléphona à Madame Renaud à Bruxelles, pour lui demander si sa villa de campagne, aussi sur la colline d'en face, ne serait pas libre pour la saison d’été. Elle invoquait que sa cousine Hélène Leclerc avait fort peur des bombardements en ville et souhaitait protéger sa famille en s'installant à la campagne. Et la famille Leclerc avec filles et beau-fils Terry s'installa à La Renaudière (4)(5)(6)», précise Michel Coenraets.

     

    1717. 19440606 Dispositif de l'AS à Rosières c Pascal Van Goethem.jpg

    Photo | Panneau d’information réalisé par Pascal Van Goethem

    (source L’Armée Secrète et l’or du silence)

    Autour de cet ensemble, tout un dispositif a également été prévu pour établir les liaisons avec les commandants des 5 zones du pays.


    - major Leurquin : Zone I, Hainaut et Entre Sambre et Meuse
    - major de réserve Gaston Mesmaekers : Zone II, Anvers et Limbourg
    - major Auguste Haus : Zone III, les deux Flandres
    - colonel BEM Liebrechts arrêté le 17 août 1944, puis le colonel Cuvelier : Zone IV, le centre du pays
    - major Albert Bastin : Zone V, tout l'est de la Meuse
    - la ‘Réserve Mobile’, à la disposition du commandant de l'AS, est dirigée par le colonel L. Deleuze ;
    - l'escadron "Brumagne" préposé à la protection de l'état-major général.

    Toutes ces unités ont chacune leur histoire, leurs lots d'arrestations, leurs exploits, et seront des exécutants disciplinés du commandement.

    1718. L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem22 (1).jpg

    Depuis Rosières, le général Pire et son état-major travaillent donc discrètement à la libération du pays … grâce à la complicité de la famille Coenraets dont les enfants ne cesseront de transmettre les messages.

    « Dans cet état-major l’on retrouve, outre le général Pire, Jean del Marmol (dit ‘l’Ami Jean’), Pierre Stasse, le colonel De Ridder (dit Chevalier), le Chanoine Dessain (aumônier de l’A.S.), Bob (chargé du sabotage) et son fils Bobby, les chifferettes Claire, Betty, Jacqueline et Monsieur et Madame Leclercq et leur fille May Thery et son mari », confie Jean-Pierre Coenraets.

    1719. L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem19 (1).jpg

    La Résistance, appliquant les plans conçus au préalable, intensifie ses actions et met à mal les moyens de communication et les possibilités de déplacement de l’ennemi.

    __________
    (1) VAN HAUTE-PIRE Pierre (Ambassadeur honoraire), Armée Secrète 1940 - 1944 (Le Cheval de Troie),  p. 14, février 2008
    (2) GHYSSENS Roger (Cercle d’Histoire de Rixensart), 50ème anniversaire de la Libération, in Rixensart Info de juin 1994, p. 18
    (3) GHYSSENS Roger, 50ème Anniversaire de la Libération, Cercle d’Histoire de Rixensart, 1994
    (4) sans 'l' suivant le Cercle d'Histoire de Rixensart (voir la légende de la photo)
    (5) Les plans de la villa La Renaudière furent dessinés en 1925 par l’architecte Henry Lacoste pour le Dr Renaud à Rosières-Saint-André. Henry Lacoste (1885-1968) signa quelques-unes des réalisations les plus originales de l’Art Déco belge (RÉTRO RIXENSART, Villa La Renaudière à Rosières, édition Eric de Séjournet, 2010-2016)
    (6) La Renaudière fut rachetée après la guerre par Joseph Moreau de Melen qui y construisit ensuite le Domaine de Beauséant

    Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Pascal Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017
  • 1720 à 1724 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (VI)

    VI. Quand sonne l'heure de la délivrance

    rosières,armée secrète

    « Chez nous, les visiteurs se faisaient de plus en plus nombreux, échangeaient avec Papa qui ensuite traversait la vallée de la Lasne pour y déposer message ou autre colis précieux. Le trafic s'accéléra et mes grands frères et soeurs vinrent en appui puis prirent le relais ».

    Aussi, Michel Coenraets raconte-t-il l’histoire du champêtre Deskeuvre :

    « Durant la guerre, les gardes-champêtres étaient comme tous policiers, soumis aux instructions de l’autorité occupante. A la base, ils n’aimaient pas les ennuis, donc pas trop les résistants non plus ».

    « A Rosières, le garde-champêtre venait souvent chez nous contrôler les surfaces de culture (2 ares d’orge pour le café (1), 10 m2 de tabac, …), voir si ‘la’ truie avait mis bas … pour, comme requis, en tenir compte dans la distribution de timbres de ravitaillement.

    Mais début juin 1944, Deskeuvre se posait des questions sur le nombre de personnes, de véhicules allemands et autres, venant ‘Chez Coen’. Pour calmer son inquiétude et éviter qu’il ne parle ‘ailleurs’ Paul Coenraets, mon père, l’a informé que nous faisions de la ‘Résistance’ et que nous serions bientôt libérés des Allemands.

    Il restait perplexe … Pour le convaincre mon père lui dit : « Ecoutez la Radio de Londres, dans les 3 au 4 jours, le soir, vous entendrez un message spécial pour vous » (2).

    Deskeuvre ne pouvait pas le croire, mais il écouta chaque soir. Et le jeudi soir, il n’en crût pas ses oreilles : Ici Londres, voici quelques messages personnels ‘Le garde-champêtre est courageux’, nous répétons ‘Le garde-champêtre est courageux’. Papa avait trouvé un appui de plus dans la région ».

    C'est, en règle générale, par la BBC que nos concitoyens apprennent le débarquement du 6 juin 1944 : « Les sanglots longs des violons blessent mon coeur d’une langueur monotone ». L'annonce du débarquement provoque en Belgique une joie unanime - à quelques exceptions près bien sûr - et tous nos compatriotes sont tendus vers les nouvelles venant de Normandie (1).

    1720. L'été '44 des Coenraets c Pascal Van Goethem 5.jpg

    Chez les Coenraets, route de Tombeek, « une voiture arrive … bourrée de salopettes en toile de lin, toutes destinées aux Résistants. La voiture est aussi vite vidée et disparaît avant que n'apparaisse celle du Feldgendarme-Chasseur », raconte Michel Coenraets. « Nous terminons le dîner à 15 ou 18 à table. La radio annonce les 'Messages personnels' et puis un, deux, ...

    « Le Roi Salomon a chaussé ses gros sabots ». Voilà qu'éclate autour de notre table un grand « Bravo, ils arrivent... ils vont débarquer ! ».

    rosières,armée secrète
    Photo | US NAVY, To the beaches of Normandy, June 1944

    Dès l'annonce du débarquement, chez les Coenraets, la journée du 6 juin fut des plus rudes. À ce sujet, Michel Coenraets relate les activités que lui-même et ses frères et sœurs ont vécues en ce 6 juin 1944 :

    « Il faisait un temps à ne pas mettre un chat dehors. Bien entendu, les messages furent nombreux ce jour et mes frères et sœurs ont dû à plusieurs reprises sortir (remplir une mission). Cette journée fut d'ailleurs le point de départ d'une intense activité du QG de l'Armée Secrète. La mobilisation avait été ordonnée quelques jours auparavant. Le général Pire avait à préparer la libération de la Belgique. »

    C'était aussi le stress de tous les jours, hurlements des sirènes, bombardements qui n'épargnent pas les civils proches des cibles, Allemands vindicatifs sentant venir la défaite et multipliant les rafles, les exécutions, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l'envoi de jeunes gens en Allemagne. Les greniers sont pleins de ces jeunes réfractaires qui s'y cachent, faute d'avoir pu rejoindre les maquis (4).

    1723 L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem8 (1).jpg

    La Maquis House

    Michel Coenraets poursuit :

    « Nos agents de liaison arrivaient à tout heure, maman mettait une place en plus à table, parfois deux puis trois ... et le soir, attention le couvre-feu, plus question de circuler, on leur offrait à loger dans notre petite maison dans le haut de la propriété (la Maquis House) où, par sécurité, logeaient déjà mes grands frère et soeur. Après quelques semaines, la fille du général Pire arriva chez nous à la recherche de son père. La charmante Josette fut bientôt rejointe par son frère Jean, tous accueillis chaleureusement et mis à loger dans notre ‘petite’ maison ».

    Josette Pire, épouse de Pierre van Haute et fille du général Pire, fait le récit (5) :

    « Au moment du débarquement allié en Normandie. J'étais alors seule chez une tante. Mon Père commandait l'Armée Secrète Belge et avait pris le maquis. Comment je parvins à retrouver ses traces serait bien trop long à dire ici, mais je me rappellerai toujours qu'un matin, je pris mon vélo et décidai d'aller le retrouver; je connaissais le nom du patelin qui l'hébergeait, mais il était évident que la moindre question aurait suscité la curiosité intempestive du village et aurait été de plus très dangereuse. Tout ce qu'on m'avait dit était ceci : « Vous trouverez bien ... une famille de sept enfants dans une propriété avec des serres à raisins, elle vous renseignera.... ». Je dois vous avouer que c'était un peu vague, mais pendant la guerre on ne regardait pas de si près et le fait est que je trouvai assez facilement. Le bruit et les cris qui sortaient de la maison m'y aidèrent quelque-peu.

    Je fus accueillie comme une sœur aînée et adoptée d'emblée. Je retrouvai là mon jeune frère qui avait également pris le maquis.

    La maison des Coenraets n'était pas trop vaste, et ce fut pour moi un problème constant de savoir comment toute la famille y trouvait place la nuit. Et il y avait quatre filles et trois garçons de 6 à 21 ans. Le jour nous étions tous dehors. Je dis tous, car à ces enfants venaient s'ajouter une foule de convives impromptus et plutôt compromettants. Ces invités, dont j'étais, ainsi que mon frère, avaient élu domicile dans une minuscule cabane au fond du parc. Il n'y avait qu'une pièce pavée au rez-de-chaussée, une petite échelle et un grenier avec quelques paillasses.

    En ma qualité de fille, j'avais reçu en partage la pièce du rez-de-chaussée qu'on avait munie d'un lit pour la circonstance ! Ce lit de fer, dont les ressorts entreprenaient le soir une danse syncopée! Au premier logeaient les garçons. Ils m'envoyaient toutes leurs poussières par les fentes du plancher. Il y avait quelquefois 6, 7 garçons qui arrivaient tard le soir et repartaient tôt le matin. Des travaux et des missions dont ils étaient responsables, on en parlait dans les coins, car cette maison servait de couverture à une activité qui se poursuivait jour et nuit ».

    1720 L'été '44 des Coenraets c Pascal Van Goethem 20.jpg

    Quatre des sept enfants de Paul et Marthe Coenraets posent avec les chèvres devant la maison familiale,
    ‘Chez Coen’ rue de Tombeek à Rosières. Au centre, Michel en culotte courte.

    Josette Pire (5) : « Pour ceux qui n'ont pas connu les restrictions alimentaires, il est malaisé de se figurer les problèmes que posait à cette époque le ravitaillement d'un nombre toujours croissant de convives jeunes et affamés. Peu d'entre nous oublieront les séances de traite de la chèvre récalcitrante et comment Jean-Pierre s'y prenait pour remplir à demi son pot à lait. Comment, un à un les moutons furent abattus, le dernier en date nous avait été offert par un voisin complaisant. Il fallait le ramener sur un parcours de 15 kilomètres. Ce fut Jacqueline qui se chargea de la besogne, et je la vois encore soufflant et tempêtant contre l'animal qui ne voulait pas avancer. Annette elle, avait une main de fée pour tout ce qui concernait la couture. Liliane, une âme d'artiste. Monique, la plus jeune, était curieuse en diable. Il y eut des leçons de flamand et de maths qu'un aîné donnait à Michel, et les longues discussions durant lesquels Guy prenait la parole et ne la lâchait plus.

    L'après-midi seulement nous apportait un peu de répit, et nous allions prendre un bain dans la piscine privée d'une villa voisine. Le temps à cette époque était radieux et nous suivions un petit chemin dans les bois, tous à la queue leu leu, aussi inoffensifs en apparence qu'un pensionnat en promenade. Dieu sait pourtant de quels secrets nous étions tous dépositaires! Ce sont ces soucis qui empêchaient souvent les parents de dormir, mais jamais ils ne se plaignirent que c'était trop, que nous les compromettions, qu'il valait mieux aller ailleurs.

    Le soir, bien tard, la vaisselle rangée, quand nous n'attendions plus personne, nous chantions sur le seuil de la porte, tous, petits et grands, avant de nous séparer pour la nuit ».

     

    __________
    
(1) tisane d’orge grillée, à base de grains d’orge pillés et torréfiés. Héritage des deux guerres mondiales, cette boisson ne contient aucune caféine, ni théine et se rapproche du goût du véritable café.
    (2) En effet, entre le 1er et le 5 juin 1944, le QG de l’Armée Secrète installé à Rosières envoie à Londres le message portant le n° 78 (3) : « Prière de faire passer BBC les 10 et 11 juin : ‘Le garde champêtre est courageux’ ».
    (3) ARMÉE SECRÈTE BELGE COMMANDEMENT, Relevé des messages envoyés ‘Bruxelles-Londres’ et ‘Londres-Bruxelles’ entre mai et septembre 1944, p 2 sur 41 pages dactylographiées.
    (4) VANDER CRUYCEN Yves, in Vers l’Avenir, 6 juin 1994
    (5) PIRE Josette, Grand Quartier Général de l’Armée Secrète, Été 1944, La famille Coenraets, Bruxelles 1949

    Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Pascal Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017
  • 1725 à 1732 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (VII)

    VII. Sabotages dans le Brabant wallon

    1722 Carte détaillée localisation du QG de l'Armée Secrète (1).jpg 

    Localisation du QG de l'Etat-major de l'Armée Secrète (légende)

    1. Maquis House (propriété Coenraets)
    2. La Renaudière (actuellement Ker Minou)
    3. Ferme du Pré Maillard
    4. Château Joostens
    5. Groupe G (Maison Gregoire)


    Josette Pire, épouse de Pierre Van Haute et fille du général Pire, poursuit son récit (1) : 

    « Chaque Zone était reliée au P.C. par des relais qu'assuraient des hommes et des femmes, des jeunes gens et des jeunes filles à vélo. Pour ne pas conduire directement les derniers relais au P.C., on avait recours à un intermédiaire qui était les Coenraets. Les têtes de lignes - (derniers relais) - attendaient chez les Coenraets qu'un membre de l'E.M. vienne les y rejoindre et - s'entende avec eux. Lorsqu'il n'y avait qu'un message à remettre, bien souvent un des enfants s'en chargeait et le portait directement en lieu sûr.

    Faut-il attirer l'attention sur le danger que représentait le seul fait d'être trouvé porteur d'un petit papier chiffré ? Faut-il dire combien il fallait de courage au père de ces enfants pour non seulement accepter de travailler lui-même, mais aussi d'engager ses enfants dans l'affaire ?»

    L'été '44 des Coenraets c Pascal Van Goethem 14 (1).jpg

    « Des motos immatriculées circulaient dans les parages sans arrêt; ce n'étaient que conciliabules et entretiens clandestins entre des ‘Jules’, des ‘Pierrot’, des ‘André’, des ‘Albert’ ... Nous étions tous plus ou moins pourvus de fausses cartes d'identité. Dans les fontes des vélos posés contre les murs, il y avait des détonateurs, des postes émetteurs, du plastic, et bien qu'on prît les plus grandes précautions, on ne pouvait éviter le fait que quelques objets dangereux ne séjournent dans la maison. Inutile de dire que nous n'étions pas très tranquilles », écrit Josette Pire, épouse de Pierre van Haute et fille du général Pire, en poursuivant son récit (1).

    « Il n’y avait pas d’angoisse persistante », raconte Michel Coenraets, « mais nous faisions tout de même très attention. On savait que les Allemands n’étaient pas des comiques. Quand on portait des messages, on emportait aussi des œufs, des légumes. Ma soeur a été une fois arrêtée, quand elle portait un message, mais les Allemands ont vu ses œufs, et elle est passée comme ça » (2).

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    Général Pire à la Ferme du Pré Maillard à Rosières

    Sous le commandement du général Jules Pire, plus de cinquante mille résistants de l’A.S. entrent en action durant trois mois pour aider les armées alliées à libérer le plus rapidement possible la Belgique (3).

    Dans le Brabant wallon, retentissent des explosions de sabotages de voies, de matériel roulant, de dépôts, de lignes téléphoniques.

    Chez nous, les journaux de la mi-juin 1944 nous apprennent : « Importants passages d'avions et bombardements. Une femme est tuée à Bourgeois par un morceau de shrapnell de la DTCA à 'Leur Abri'. Il s'agit effectivement d'un obus de l'artillerie antiaérienne allemande qui, ayant raté sa cible, retomba dans le parterre situé entre la façade de 'Leur Abri' et la rue du Baillois et qui, par un éclat, tua dans le couloir une jeune fille qui, pour quelques heures à peine, se trouvait dans la maison. Et la presse de préciser : « ... depuis quelques jours les téléphones sont supprimés » et qu' « il y a beaucoup de réfugiés à Genval », mais n'en donne pas l'origine (4) »

    1726. Serres rue de Tombeek à Rosières © Pascal Van Goethem 3.jpg

    Serres, rue de Tombeek 

    Josette Pire, épouse de Pierre van Haute et fille du général Pire, poursuit son récit (1) :

    « Nous eûmes quelques alertes pour nous rappeler à la prudence élémentaire, lorsque nous étions tentés de l'oublier. Il y eut l'histoire de l'officier allemand qui venait de temps en temps chasser dans la propriété. Nous n'étions prévenus de son arrivée qu'en voyant s'avancer l'auto sur le chemin, et alors il était trop tard pour se sauver. Mon frère un jour pris de panique s'engagea, courbé en deux entre deux serres et au bout du chemin, tomba nez à nez avec l'ordonnance de l'officier qui se demandait à quel exercice il se livrait. Heureusement qu'il n'était pas méfiant et que tout se passa bien ».

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    « Un jour arriva un camion avec une trentaine de vélos Bury tout neufs pour distribution à toutes nos ‘têtes de lignes’ : Pierre, Etienne, Jean, Guy …. liaisons zone un, zone deux, trois …. Des vélos neufs avec garde-boue en aluminium tout brillant, c'était vraiment pour se faire remarquer ! Papa me chargea de les vieillir un peu et me voilà avec pinceau, vieille couleur, un peu de sable en plus … Peu à peu, je fus considéré comme le responsable ‘vélos’ : réparer une crevaison, changer une pédale, cacher au mieux des messages dans la pompe ou des cartouches dans le cadre en enlevant la selle ou le guidon … En visite chez nous un jour, le Général Pire me vit passer sur un vélo que j'avais bricolé pour rouler avec une seule pédale. Il dit à Papa : «  Celui-là il sera ingénieur ! ».... C'est sur cette impulsion que j'ai voulu avec opiniâtreté être ingénieur », raconte Michel Coenraets.

    1729. L'été 44 des Coenraets de Rosières (L'Armée Secrète et l'or du silance) c Pascal Van Goethem13.jpg

    « Chez Coen »

    L'heure des repas étaient empreinte de la plus haute fantaisie et les menus étaient comme toute notre aventure ... extraordinaires. Les tomates et les haricots verts des serres y figuraient en première place et nous en avions même au goûter en guise de confiture, et cela nous plaisait énormément. Nous nous passions les assiettes et les couverts, car cette maison de campagne n'avait pas été prévue pour faire de la résistance ! » (1)

    1713. Postes de radio L'été '44 des Coenraets © Michel Coenraets.jpg

    ... « Aussi, je ne fus pas étonné de voir un jour arriver une camionnette chargée de 'boites de biscuits' et ai proposé à mon père de l'aider à cacher tout cela dans le grenier de notre garage. Après le dîner, ma curiosité me poussa à aller voir de plus près ces fameux biscuits dont nous étions privés depuis si longtemps ! Je file au garage et fonce à nouveau dans le petit grenier, ouvre la première boîte et découvre ... un petit ensemble radio émetteur-récepteur avec écouteurs …. et pas un biscuit ! J'ai compris d'un coup que la mission dont s'était chargée mes parents dépassait la simple reconnaissance des chemins et refuges », raconte Michel Coenraets.

    rosières,armée secrète

    « Parmi nos ‘visiteurs' se trouvait parfois l’une ou l’autre personnalité importante autorisée à aller à l’Etat-Major : Bob Verstreppen, Pierre Stasse, Pierre d'Ieteren (alias Jules Piette) », se souvient Michel Coenraets. « Ce dernier venait en grosse Studebaker équipée d’un gazogène. Comme les grands enfants étaient fort pris par les liaisons et autres courses, Papa me chargea de montrer le chemin de chez Joostens à Jules Piette : du sentier de Lapins traversant la Lasne vers le Chemin creux. Je lui demandai l'heure de son retour pour rallumer son gazogène afin qu'il puisse repartir avec sa Stud sans perte de temps. Dès son retour de l'EM, j'aidai Mr. Piette à cacher ses papiers dans le bac à cendres du gazogène, il descendit un sac à bois de sa galerie de toit pour y cacher un ‘paquet’ et en route pour Bruxelles ! »

    __________
    (1) PIRE Josette, Grand Quartier Général de l’Armée Secrète, Été 1944, La famille Coenraets, Bruxelles 1949
    (2) Petite main de l’Armée secrète, à 12 ans, durant la guerre 40-45, in La Libre Belgique, 21 avril 2012
    (3) LOODT P. Dr, Le général Pire, commandant de l’Armée Secrète, Maison du Souvenir
    (
    4) GHYSSENS Roger, 50ème Anniversaire de la Libération, Cercle d’Histoire de Rixensart, 1994

    Collection | COENRAETS Michel, VAN GOETHEM Pascal Édition | Eric de Séjournet © 2010-2017
  • 1733 à 1735 | L'été '44 des Coenraets de Rosières (VIII)

    VIII. De l'efficacité de l'Armée Secrète

    rosières,armée secrète

    juillet 1944 - Conciliabule au sommet à Rosières. De gauche à droite :
    Jean del Marmol, général Pire, J van der Bruggen, major De Ridder, Pierre Stasse (1)

    L’important service de sabotage de l’Armée Secrète (1) est dirigé par le major du génie De Ridder. Fonctionnaire aux Travaux publics, celui-ci est aux premières loges pour obtenir les renseignements nécessaires à sa mission. L'efficacité des destructions opérées, fera l'admiration du major général Sir Collin Gubbins, chef de SOE (2). Sont détruits : 95 ponts-rails, 12 ponts-routes, 15 écluses, 17 tunnels, 116 déraillements, 285 locomotives, 1.365 wagons, de nombreux câbles aériens et souterrains ainsi que des centraux téléphoniques, destruction d'un train d'essence à Spontin et de dépôts de munitions, mise à sec du canal de Charleroi …

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    Malheureusement limité par le manque d'explosifs, en raison des retards dans les parachutages, cette « opération sabotage » est néanmoins un franc succès, comme en témoigne la lettre datée du 12 juillet 1944, que le général Eisenhower fait parvenir au général Pire par émissaire spécial parachuté.

    On peut y lire : « … Je suis entièrement satisfait des résultats obtenus par l'Armée Secrète en Belgique durant les premières semaines d'action ; ces résultats ont eu une influence considérable sur les transports ennemis. A vous-même ainsi qu'à vos officiers et à vos hommes, j'adresse mes sincères félicitations ... »

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    Jean-Pierre Coenraets qui, en juillet '44 fêta ses 18 ans, témoigne : « Les Allemands avaient décidé que c’étaient les habitants du village qui devaient monter la garde le long de la Nationale 4 … pour éviter que le Résistance ne vienne saboter les lignes téléphoniques. Papa, mon frère Guy et moi avons été réquisitionnés par le bourgmestre de Rosières pour assurer cette garde : de nuit de 20h30 à 6h30. Nous étions une équipe de 4 hommes et avions un kilomètre à surveiller (Km 20 à 21). La nuit était longue, d’autant que nous avions déjà notre ‘boulot’ pour l’Armée Secrète. C’était assez paradoxal, mais je crois que les Allemands cherchaient des otages à prendre en cas de sabotage ».

    __________
    (1) VAN HAUTE-PIRE Pierre (Ambassadeur honoraire), Armée Secrète 1940 - 1944 (Le Cheval de Troie),  p. 14, février 2008
    (2) Special Operations Executive

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